1.EXT. SOUS UN PONT. JOUR
Matin d’hiver, plan fixe sur un ciel couvert avec inscrit en lettres noires : Mardi.
Regard masculin, attentif aux moindres bruits, marqué par des sourcils légèrement froncés. (On ne voit que cette partie du visage)
Il se mordille les lèvres. (On ne voit que la bouche)
Se tord les doigts. (Nous ne voyons que les mains)
Soudain résonne un bruit de talons qui claquent sur le sol.
Le regard masculin se tourne vers cette direction.
Nous ne voyons que les chaussures rouges à talons d’une femme marchant sur un trottoir. Elle a le pas rapide. A son passage deux pigeons s’envolent. Bruit des battements d’ailes.
Les deux pigeons se posent aux pieds d’un vagabond, assis en tailleur. (On reconnaît les yeux du début) Une guitare est posée à ses côtés. Un nombre indéfinissable de vêtements le protège du froid. Tous sont usés par le temps.
Sous cette extrême pauvreté se révèle un jeune homme au visage doux, en contradiction avec sa situation. Un visage qui respire la sagesse et la tendresse. Un visage qui sourit, plein d’espoir, à l’affût des pas qui se rapprochent.
La jeune femme, une valisette à la main aussi dure et terne que sa tenue vestimentaire, commence la traversée du pont. C’est une femme d’une trentaine d’années, aux traits sévères et à l’allure froide, coiffée d’un chignon. Malgré la dureté de ses expressions, elle semble cacher en elle une profonde timidité.
Elle passe son chemin en regardant droit devant elle, ne prêtant aucune attention au vagabond. Morceau de guitare (off).
Le visage de l’homme s’éteint en la voyant s’éloigner dans le triste décor.
2.EXT. SOUS LE PONT. JOUR
Matin d’hiver, plan fixe sur un ciel pluvieux avec inscrit en lettres noires : Mercredi.
(Le même morceau de guitare continu) Le vagabond, toujours assis à la même place, dort.
Des passants indifférents défilent devant lui.
Brusquement l’homme se réveille (fin de la musique off) et regarde sa montre. Il semble soulagé. Il prend alors sa guitare et, motivé, se met à jouer (même morceau de musique que précédemment). Il regarde régulièrement l’entrée du pont, comme on attend quelqu’un.
A l’entrée du pont, les jambes de la jeune femme apparaissent, faisant claquer les mêmes talons rouges que la veille.
Un sourire se dessine sur le visage de l’homme. Il se met à jouer avec fougue. Sa main gratte les cordes avec entrain, il tape du pied sur le tempo de la musique, le son résonne de part et d’autre.
Le visage de l ‘inconnue ruisselle. Lorsque, soudain, elle renifle tristement, nous comprenons que ce ne sont pas de simples gouttes de pluie mais bien des larmes qui coulent sur ses joues.
L’enthousiasme laisse place à l’étonnement sur le visage de l ‘homme. Sa manière de jouer devient douce et mélancolique. Les chaussures rouges de la femme arrivent jusqu’à lui et s’arrêtent soudain.
Le visage de l’homme s’illumine, la bouche ouverte, les yeux émerveillés. Il cesse de jouer, se grandit, et s’apprête à se lever.
La jeune femme prend un mouchoir dans la poche de son manteau. A cet instant, les épaules de l’homme se relâchent. La jeune femme se mouche et passe son chemin sans un regard pour l’homme.
La déception se traduit sur le visage du vagabond qui repose sa guitare et ferme les yeux.
Fondu noir.
3.EXT. SOUS LE PONT. JOUR
Matin d’hiver, plan fixe sur un ciel brumeux avec inscrit en lettres noires : Jeudi.
Musique douce et nostalgique(off). Le visage de l’homme apparaît dans un morceau de miroir cassé. Il se coiffe avec les doigts et tente de mettre ses cheveux en place.
Au loin, nous reconnaissons le claquement particulier des chaussures de la femme aux chaussures rouges.
Le visage de l’homme montre des signes d’excitation et d’impatience.
Tandis que le son des talons se rapproche, il ne sait plus comment se placer, quelle attitude adopter. Il finit par prendre le livre qui dépasse de sa poche et l’ouvre au hasard.
Caché derrière son livre, il sourit, amusé, comme on se réjouit d’un bon tour qu’on aurait préparé à l’avance.
La jeune femme à la valisette fait son entrée sous le pont. Soudain en regardant sur le sol, son visage fermé laisse place à l’étonnement.
A un mètre des pieds de la femme, une fleur a été dessinée avec, en son cœur, des yeux et un grand sourire. Tandis que les pieds s’avancent, ils rencontrent une autre fleur dessinée à la craie, puis encore une autre, placée sur leur chemin comme pour les guider.
Le visage de la femme s’égaye d’un sourire tandis que ses pas suivent les fleurs.
Ne se doutant pas que ce joli geste lui est dédié, elle continue son chemin, souriante.
Mine déconfite de l’homme qui la regarde s’en aller.
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