Revenons tout d'abord sur l'historique de ce phénomène incroyable, qui s'inscrit aujourd'hui dans un genre littéraire bien particulier.
Au départ, il ne s'agissait que d'un type de caricatures. Aux Xe et XI e siècles, le moine Toba Sojo créa le Tobayoho, des dessins satiriques qui mettaient en scène des animaux. Au XII e siècle, les Emakino, oeuvres chinoises qui combinaient illustrations et textes se développent au Japon. Le terme « manga » n'apparut cependant qu'avec Katsuhika Hokusai (1760-1849), après le développement plus tardif des Ukiyohe, estampes humoristiques et qui signifiaient (en japonais) « images dérisoires ». Après le développement des magazines de manga, ces petites bandes dessinées n'évoluèrent plus, restant sous la forme d'histoires courtes de quatre cases. Il fallut attendre l'après-guerre mondiale pour apercevoir une explosion, avec le très célèbre Osamu Tezuka (1928-1989, auteur de Astro le petit robot) qui commença en 1946, inspirant de nombreux mangaka (dessinateurs de manga), entraînant une large évolution. Dans les années 70 furent introduits les premiers animés mangas sur télévision (diffusés un peu partout en Europe). On verra ensuite se développer les grandes séries animées (telles que Goldorak, Candy, Albator, Capitaine Flam, Les Cités d'Or, etc.), dans les années 80, même si les premiers mangas « papiers » ne furent diffusés en Europe qu'en 1993 avec Dragon Ball de Akira Toriyama (né en 1955) et Appleseed(éditions Glénat) de Masamune Shirow (né en 1961), qui sont à l'origine du développement des ventes mangas, de plus en plus célèbres (on peut d'ailleurs remarquer que les Français sont aujourd'hui les deuxièmes lecteurs de mangas, appelés les otaku, après le Japon).
Très proche du « comics-book » des Etats Unis et la BD européenne, le manga désigne cependant en occident un courant très japonais, un style bien propre, alors qu'au Japon il s'agit juste de bande-dessinée. Mais le mode de commercialisation est tout autre. Un manga est tout d'abord publié dans un magazine hebdomadaire regroupant un certain nombre d'histoires (comme Shonen Jump, le premier magazine de mangas). Ce n'est qu'après avoir eu un certain succès qu'il peut être publié à part entière dans le format de poche, se lisant de droite à gauche. Mais il y a beaucoup trop d'idées reçues encore à notre époque.
Les mangas ne sont pas (tous) :
- A tendance pornographique : une seule catégorie de mangas existe dans ce style : les hentai. Les autres genres ne comportent pas de scènes érotiques.
- Violents : les mangas tels que les shojo, qui sont des mangas pour filles essentiellement, ne comportent aucune scène violente puisqu'elles sont connues pour leur sensibilité et leur douceur.
- Réservés aux garçons : les shonen seulement ont un caractère plus masculin, mais de nombreuses jeunes filles adhèrent à ce style. De plus, la catégorie shojo est presque entièrement dédiée aux filles.
- Limités aux enfants : il existe une catégorie, celle des seinen, qui s'adresse particulièrement aux étudiants et adultes, avec un fond complexe. Les mangas tels que les hentai sont aussi, bien sûr, exclusivement réservés aux adultes.
- Réduits en diversité de genres : comme précédemment cités, on trouve différents styles de mangas : les shonen, les shojo, les seinen, les hentai, qui eux-mêmes représentent un choix très élargi d'histoires.
- Stupides : les histoires dépendent, comme dans les romans, de leur auteur : le mangaka. Il en va de même pour les graphismes : tous ne sont pas grossiers ou déformés. De plus, les seinen privilégient des histoires qui tiennent la route et aux graphismes « posés ».