mardi 13 mai 2008
Interprétation de MAUS
Par G.R., mardi 13 mai 2008 à 14:43 :: La seconde guerre mondiale: témoignage, littérature et cinéma.
* Le jeu sur le titre:
Art SpiegelMan a effectué un jeu de mots avec le titre: Maus qui se rapporte à la souris, représentation des juifs dans le livre. Maus devient Mauschwitz par la suite et nous fait penser à Auschwitz: le camp d’extermination et de concentration.
* Le jeu sur la représentation des humains en animaux:
L’auteur va représenter les hommes par des animaux et chaque nation a un code animal: les américains sont des chiens, les polonais des cochons, les français des grenouilles (sans doute parce qu’on les surnomme « les frogs », grenouille en anglais), les allemands des chats et les juifs des souris.
Les deux derniers se rapportent au mythe du chat et de la souris. Ce mythe symbolise bien la situation des juifs. Le félin est le prédateur du rongeur tout comme les nazis sont dominants sur les juifs. Le chat joue avec sa victime avant de la tuer: les Allemands s’amusaient à martyriser les Juifs avant de s’en débarrasser par la mort. Le souris est faible, innocente et docile: c’est donc la métaphore du juif. Le chat est rusé et chasseur: c’est la métaphore du nazi.
* Le graphisme:
Les visages des personnages se ressemblent (on les différencie par les vêtements), il sont simplifiés mais arrivent à faire passer leurs sensations et leurs émotions. Art Spiegelman a réussi à représenter l’horreur de l’holocauste et de l’oppression dans son dessin.
* Le contenu:
Le langage est courant voire familier pour renforcer l’idée de témoignage réel. L’auteur a voulu retranscrire la façon de parler de son père pour soutenir la vérité du témoignage.
* Les difficultés du dessin et de l’écriture:
À la page 171, l’auteur se met en scène et montre l’un des moments problématiques du dessin: comment représenter sa femme étant donné que c’est une française convertie à la religion juive. Finalement elle aussi sera une souris.
De la page 201 jusqu’à la page 207, Spiegelman se remémore les moments importants autour de son père et oppose ses souvenirs. Il exprime son malaise face à la vérité qu’il doit dessiner, il nous montre sa confusion et son malaise en se représentant sur une pile de cadavres juifs. Il nous relate ensuite l’oppression et l’angoisse qu’il ressent, causées par l’étouffement des médias, le succès du livre, les rafales de questions et le profit à l’égard de son œuvre. Il représente cette angoisse et ce malaise en se faisant de plus en plus petit pour devenir comme un enfant perdu au milieu des adultes. Par la suite, il décrit sa psychanalyse chez son psychologue lui-même, ancien déporté comme son père. L’auteur se confie pour ses problèmes face à son ouvrage:
-comment mettre en scène son père sans lui porter atteinte et tout en montrant la vérité sur ses relations avec lui?
-comment dessiner et écrire sur l’extermination et sur les peurs qu’elle engendrait?
-faut-il témoigner de l’holocauste et est-ce que les gens ont retenu la leçon?
-L’épisode de la mini-bande dessinée sur la mort de sa mère:
Ce passage évoque la culpabilité de l’auteur qui se sent responsable de la mort de sa mère, la folie de son père lors de l’enterrement, l’incompréhension vis-à-vis des autres, la nostalgie, la confusion et le sentiment de remords.
Le graphisme différent du reste du livre témoigne des sentiments et de la réalité difficile à accepter.
Pour conclure, nous pouvons dire que toute l’œuvre témoigne du fait que l’auteur a effectué une recherche sur la façon de témoigner, sur le souci de la vérité et sur le moyen de retranscrire cette vérité sous une forme innovatrice. Art Spiegelman a parfaitement réussi à mettre en scène son père et la vie de celui-ci de façon réelle et véridique tout en évoquant les problèmes rencontrés.

